Il est interdit de vieillir
- David Romand
- 14 janv.
- 2 min de lecture

J’ai récemment vu une courte vidéo sur Instagram.
On y voyait un moine bouddhiste recevoir un homme, peut-être un journaliste venu l’interviewer. Celui-ci expliquait qu’on l’avait mis en garde : respect strict, comportement irréprochable, distance à maintenir.
Or ce qu’il a découvert était tout autre.
Un homme âgé, au visage marqué par le temps, mais dont les yeux pétillaient comme ceux d’un enfant.
Il riait, jouait, provoquait gentiment, s’arrêtait quand il en ressentait le besoin, libre, simple, sans posture.
Une sagesse joyeuse, non figée, étonnamment vivante.
Avant de se quitter, le journaliste lui a demandé :« D’où te vient cette joie, cette insouciance, qui semblent si paradoxales avec ta sagesse ? »
Le moine n’a pas répondu sur le moment.
Plus tard, le journaliste a reçu un message.
Le moine y écrivait :
"je veux simplement rester l'homme que l'enfant que j'étais, aurait choisi comme ami."
En entendant cela, une phrase de Rabbi Na’hman de Breslev m’est revenue avec évidence :
« Il est interdit de vieillir. »
On associe souvent la spiritualité au sérieux, à la gravité, parfois même à une certaine dureté.
Et pourtant, peut-être que la spiritualité, dans son sens le plus simple, commence ailleurs.
Car l’amour ne circule vraiment que dans cette joie-là.
La tristesse, l’amertume, la colère ne sont pas des fautes, mais elles coupent la circulation.
La joie, elle, reconnecte.
Béni sois-Tu, ô Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui étend la terre sur les eaux.
À chaque instant, la terre se renouvelle. Elle est sans cesse en mouvement, en action, et ne vieillit jamais.
Rabbi Na’hman enseigne qu’il est interdit d’être vieux. Il existe des personnes âgées, pleines de piété et de droiture, mais devenir vieux n’est pas bon.
Il faut rester jeune. Se renouveler chaque jour. Prendre, à chaque instant, un nouveau départ.
Le véritable renouveau, c’est la capacité de se dire :
je viens de naître maintenant.
La plupart des adultes ne sont-ils pas des enfants brisés, déçus par la vie ?
Et les déceptions ne mènent-elles pas à l’amertume et à la ruse ?
Seule l’innocence —perle de l’enfance —permet de s’émerveiller et de continuer à avancer.
Si l’on parvient à garder l’innocence tout en y ajoutant l’expérience, alors on atteint la plénitude.
Mais si l’on trahit son enfance au profit d’un savoir imbu de lui-même, cela s’appelle vieillir.
Et il est interdit d’être vieux.
— Rabbi Na’hman de Breslev (1772–1810)
